

Par A.
Moualek et A. Mesbah
Sidi-Yahia
:
Lendroit
était encore appelé "Agwni n Tlam" lorsque les premiers
hommes sy installèrent. Cette appellation tient son origine
du fait que la région était recouverte de brousse et de végétation
à tel point que lon ne pouvait même pas apercevoir le ciel et
la lumière ny pénétrait guère. Ces habitants, tous enfants de
Sidi-Yahia, un Saint établi dans la région, trouvaient que ce nom
nétait plus approprié puisque cette région commençait déjà à être
peuplée. Cest alors que le nom de "Agwni Yefrah" fut
adopté, comme si cet endroit pouvait exprimer la joie dêtre
retranché ainsi de loubli et délivré de lobscurité pour
grouiller de vie à jamais ! A la mort de l'ancêtre qui a fondé
ce village, les enfants issus de sa progéniture décidèrent de le baptiser
de son nom ; d'où l'actuel "Sidi-Yahia".
Saïd BELANTEUR
(un enfant du village qui sest intéressé à plusieurs aspects
de la vie sociale dont il a dailleurs fait la trame de plusieurs
articles parus dans des publications nationales) écrivait dans son
livre intitulé "les
chevaux de Diar-El-Mahçoul" paru
aux éditions SNED en 1974 et réédité en 1979 que "le
village de Sidi-Yahia nest pas banal du tout (
) Il est
le dernier maillon avant la montagne et la forêt, dune floraison
de villages qui s'étagent régulièrement depuis la vallée de la Soummam.
Ce qui nest pas banal surtout, cest sa zaouia, fondée
par lancêtre qui a donné son nom au village et dont lhistoire
et la légende mêlées font remonter lorigine jusquà Moulay-Idriss,
le fondateur de Fès, jusquà Ali, le gendre du prophète !".
Géographiquement, le village est situé au sud-ouest
de Béjaïa à
quelque 850
mètres daltitude, sur les flancs dune crête dominant à
perte de vue le merveilleux paysage de la vallée de la Soummam.
Il est distant de 65 km de Béjaïa, chef-lieu de la wilaya, et de 3
km du chef-lieu communal, Chemini.
Sa population est de quelque 700 habitants répartis en onze familles :
At-laâbas (Abbas), At-aâli (Mouaci, Mouacem et Bélanteur), At-hmiduc
(Hamitouche), At-caâban (Chebbine et Targui), At-ljudi (Djoudad),
At-mussa (Moula), at-yehya (Bouaouni et Bouaraba) et at-belqasem waâli
(Moualek), mais aussi : les Mesbah, Hanniche et Larbès originaires
respectivement des villages Amalou (Séddouk), Rezzag (Akfadou)
et Tizi (Tibane) ; trois familles
qui se sont établies dans le village à une époque ou à une autre de
son histoire. Par ailleurs, parmi les familles originaires de Sidi-Yahia
qui se sont refugiées à Tifra que ce soit durant la guerre de Libération
ou bien avant, quatre d'entre elles s'y sont définitivement installées
après l'indépendance. Il s'agit des : Yala, Mouacem, Zaïdi et Zidi.
Les Hadid, Hadi et Hadibi d'Aït El-Hadi ainsi que les Abbas, Mouhoune
et Béladaci de Taguemount sont aussi des enfants de Sidi-Yahia bien
que ne résidant pas au village qui porte le nom de leur ancêtre.
Le
village ne manque pas de caractères originaux : il sagit
notamment de la fontaine Bouslama et sa source dont leau est
réputée pour son excellente qualité. Cette fontaine nest pas
le patrimoine exclusif du village de Sidi-Yahia, mais aussi celui
des villages Taguemount, Aït El-hadi, Tazrout et Djenane. Elle a été
pendant longtemps lunique endroit doù les habitants puisaient
leau au moment où les puits étaient encore rares et que leau
potable nétait pas disponible dans les foyers. A proximité de
cette fontaine, une autre source qui débite une eau avec une teneur
en oxyde de fer assez importante alimente une douche "traditionnelle"
très fréquentée surtout pendant la saison estivale, et ce, depuis
des lustres !.
Jusquau milieu
des années 70, le village est aussi connu pour sa fête de lAchoura
organisée régulièrement et drainant des foules entières venant des
localités avoisinantes. Cette tradition, délaissée aujourdhui,
nest pas la seule à disparaître. Bien dautres activités
nont plus cours au village.
En
effet, Saïd
BELANTEUR
sen souvient et raconte : "Je
me souviens, quen 35, avant la deuxième guerre mondiale, le
village était encore une ruche laborieuse qui sortait, à laube,
ses essaims vers les champs, hommes et femmes pour se démarier tout
le jour et se marier avec la terre, les bêtes pour être conduites
en grands troupeaux vers la montagne et le maquis environnants.
Cétait encore des masures en ce temps-là, à peine quelques maisons
en pierres de taille, mais des masures pleines de richesses. Un coin
de grenier, un piquet fiché dans le mur, un clou à une poutre étaient
prétexte à remiser ou à suspendre des récoltes qui nen finissaient
pas dêtre engrangées au fil des jours : guirlandes et chapelets
doignons, de poivrons rouges, détuis de maïs, de viande
séchée, sans compter lencombrement des jarres ventrues et des
"kouffis" plus haut que les hommes qui les bourraient dorge
et de blé, jamais complètement vides, quelle que soit lépreuve,
fut-elle,
la sécheresse la plus pénible. Je me souviens qualors létable
et lenclos abritaient plus de bufs que nen
abritaient denfants les foyers où les familles étaient pourtant
déjà nombreuses ! On comptait les moutons par dizaines et la
volaille des villageois musardait jusquaux premières collines
environnantes pour glaner la graine sauvage et le vermisseau. La tonte
de moutons donnait lieu à une fête où lédredon des toisons faisait
tapis sur un autre tapis de fleurs sur le pré du village : ce
jour-là le beurre et le lait restaient en tas et en cruchons en fin
de repas sans plus tenter personne. Les champs de 35 dont on faisait
la toilette avec autant de soins et de jalousie que sil sagissait
de celle dune jeune mariée ! Je me
souviens quon attrapait plus de coliques davoir trop mangé
de quelque fruit quon cueillait à même larbre, ou davoir
trop consommé dun lait caillé quun troupeau abondant garantissant
à tous les enfants du village ! Heureuse époque de 35 sil
en fût, où lhomme avait pris femme et terre pour épouses, et
les féconder toutes deux avec la même ardeur ! Temps merveilleux
dont je conserve lécho dune phrase diabolique lancée par
un villageois qui narrivait pas à rentrer toutes ses récoltes :
Mon Dieu, se lamentait-il, pourquoi mavoir trop
donné et pourquoi avoir épargné mes voisins ! Quoi faire de toute
cette manne qui mécrase !".
(in : Algérie-Actualité ; date de parution : inconnue).

A la fin de lautomne, la cueillette des olives monopolise lensemble
de la population qui sen va ramasser méticuleusement cette richesse.
La vie des gens en dépend étroitement, dans une certaine mesure. Les
oliveraies de la région dont certains oliviers sont plusieurs
fois centenaires ont été partiellement touchés par des incendies dévastateurs
durant la dernière décennie. Des figuiers y sont également comptés
parmi les arbres les plus en abondance et qui donnent un fruit très
apprécié. Les autres arbres fruitiers sont plutôt rares.
La
vie sociale est axée autour de la "djemâa" (tajmaât) qui est une assemblée
des villageois qui siège chaque fois que les événements le commandent
pour débattre des questions dactualité et de lorganisation
de la communauté. Les décisions sont prises à lunanimité. Cette
tradition se perpétue encore à lheure actuelle et représente
un vrai terrain de socialisation pour les jeunes. Néanmoins, les vieux
y tiennent une place prépondérante à cause de leur sagesse et de leur
expérience. La "djemâa" est présidée par un notable du village
à qui on demande souvent conseil et orientation.
Toutefois,
la vie sociale nest pas monopolisée par les vieux car les jeunes
comptent bien faire entendre leur voix, ce qui a dailleurs motivé
en partie la création de lassociation socioculturelle "Tagmats"
dont les actions et activités initiées par ses membres, pleins de
ressources et de volonté, ont trouvé un écho des plus favorables chez
les villageois, toutes tranches dâges confondues.

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