Les Béni-Oughlis et l'Histoire


L'article que nous vous proposons ci-après est extrait du rapport présentant un historique succinct de la tribu des Béni-Oughlis rédigé par la commission chargée de l'application du Senatus Consult le 25 novembre 1869, laquelle commission était présidée par M. AUGERAUD, colonel commandant la Subdivision de Sétif, Province de Constantine, à cette époque-là.

ORIGINE ET HISTORIQUE :

Les Béni-Oughlis, comme la plupart des tribus du cercle de Bougie, ne savent rien de bien précis de leur origine et ils ne possèdent aucun écrit pouvant la faire connaître ; leurs récits sont tout à fait légendaires. Leur origine est racontée de plusieurs manières.

La PREMIERE VERSION est que leur ancêtre serait un marabout vénéré nommé El-Hadj-Hassein, d'origine berbère, qui serait venu de l'Est, d'après les uns, s'établir dans ce pays, et, d'après les autres, au contraire, il aurait émigré avec sa famille du Maroc, où il était établi, pour venir habiter la Kabylie où il espérait vivre en paix et dans l'indépendance.

La famille d'El-Hadj-Hassein était assez nombreuse, elle s'établit à la fin du XIIe siècle sur le versant Sud des montagnes de l'Akfadou, en se fondant avec les occupants au (du) sol.

El-Hadj-Hassein (E.H.H.) qui avait de grandes qualités eut bien vite acquis une certaine influence sur les populations du pays. On le citait pour son savoir et la droiture de son caractère partout. A mesure qu'il avançait en âge, il gagna la considération des habitants et, les siens aidant, il fut bientôt recherché et considéré comme l'homme le plus complet des environs. A ce titre, on le pria d'exercer le pouvoir qu'il conserva jusqu'à sa mort.

Les enfants de E.H.H., d'après les conseils de leur père, contractèrent des alliances avec les occupants au sol, afin de consolider son pouvoir. Après sa mort qui eut lieu vers 1200 de l'ère chrétienne, les enfants de E.H.H. conservèrent le pouvoir et restèrent sur le pays choisi par leur ancêtre.

Ils grandirent dans cette position paisible ; la tribu devint prospère et les habitants pendant cette vie calme s'occupèrent d'agriculture. Tout ce territoire qui était broussailleux et qui renfermait de nombreuses ressources fut mis à profit par des défrichements et des plantations ; on s'installa d'une manière permanente ; on construisit des cabanes avec des murs en pierres sèches ; mais bientôt la division se mit dans la famille et, avec la division qui donna naissance à la jalousie, il y eut des querelles. Les descendants d'E.H.H. se fractionnèrent en trois groupes et, comme ils ne pouvaient vivre en contact sans être constamment en dispute, ils se dispersèrent. L'un des groupes alla s'installer dans les montagnes de l'Ighzer Chelef, bassin du Sebaou ; le second dut demander asile, pour lui et les siens, dans les Béni-Raten, tribu berbère de la confédération des Zouaouas. Le troisième groupe, le plus puissant resta sur le sol et occupa le territoire de la famille sous le nom de Zerarka, avec le surnom de Béni-Oughlis, qui est devenu plus tard le nom de la tribu.

La DEUXIEME VERSION dit qu'il existait autrefois, à une époque très reculée, une ville arabe, aux environs des pays montagneux de Belezma, qui portait le nom de Taghlist. Cette ville, bien placée pour être défendue, fut plusieurs fois assiégée par les tribus tunisiennes mais sans le moindre succès de leur part. Le chef de la dernière de ces expéditions résolut alors d'employer la trahison ; il attira à son camp établi assez loin de la ville, pour ne pas inquiéter les habitants, un certain nombre d'individus de Taghlist, et moyennant une somme assez considérable, ils s'engagèrent à introduire les assiégeants dans la cité au moment où les habitants ne s'attendaient pas. En effet, un jour où la ville de Taghlist vivait dans la plus grande sécurité, elle fut envahie, prise et pillée par l'ennemi. Les habitants qui échappèrent au désastre s'enfuirent loin de leur pays ; un certain nombre se dirigea au Nord vers les montagnes. Ils arrivèrent ainsi dans la vallée de l'Oued Sahel qui était inhabitée ; ils traversèrent cette rivière et vinrent s'installer sur un mamelon élevé, où est situé aujourd'hui le village de Taourirt. Cette position isolée et dominante leur plut ; ils s'y installèrent donc et donnèrent à leur campement le nom de Tizi-Taghlist, en souvenir de leur ville perdue.

Ils nouèrent bientôt des relations avec quelques peuplades qui habitaient le pays et qui engagèrent les nouveaux venus à rester avec elles ; mais comme les gens de Taghlist étaient en plus grand nombre, et que leur origine arabe les posait en dominateurs, ils acquirent bientôt le pouvoir. Voulant alors donner un nom qui leur rappelait leur cité natale, ils prirent le nom de Béni-Taghlist, que leurs successeurs ont transformé en la dénomination de Béni-Oughlis, nom que la tribu porte depuis plusieurs siècles et qu'elle a conservé jusqu'à aujourd'hui.

Ces deux versions qui ne sont justifiées par aucune pièce authentique, ont plutôt le caractère légendaire que le caractère historique, et malgré le peu de probabilité qu'il y a pour établir la vérité sur l'origine des Béni-Oughlis, nous pensons qu'ils sont de race berbère fondue avec les occupants au sol, comme leurs voisins les Zouaouas, car ils ne diffèrent absolument en rien de ces derniers, soit pour les coutumes, la langue et pour les mœurs.

Ils ont toujours été considérés dans les récits faits sur la grande Kabylie comme faisant partie d'un des cantons de l'agglomération kabyle, à cause de leur situation dans le pays montagneux, et, pourtant, Ibn Khaldoun dans son histoire des Berbères proprement dite, où il énumère les tribus zouaouiennes les plus marquantes, ne dit rien des Béni-Oughlis.

L'existence de cette tribu parait complètement ignorée de l'historien arabe de l'Afrique Septentrionnale ; de sorte que, malgré l'invraisemblance des deux traditions locales, nous sommes obligés d'en conclure que celle d'El-Hadj-Hassein nous parait être authentique, à cause de Zerarka qui est celui d'une fraction de la tribu qui existe encore et qui a servi à former les Béni-Oughlis.

L'autre version nous semble plus légendaire, à cause du récit prèsque fantastique qui s'y rattache. Du reste, les gens de Taghlist, en venant se fondre avec les occupants du sol, à une époque qui n'est pas connue, ont bien pu le faire avec les descendants de E.H.H., leur fondateur, qui étaient établis sur le pays dès le commencement du XIIe siècle.

DIVISION :

Cette tribu qui, au début, ne formait qu'une fraction, appelée Zerarka et surnomée Béni-Oughlis, s'est accrue considérablement dans une période de cent ans. Les divers membres se sont dispersés et multipliés sur le territoire compris entre l'Oued Roumila, les crêtes de l'Akfadou, l'Ighzer-Amokrane et l'Oued Sahel.

C'est dans cette situatiuon et à la suite de divisions intestines, vers l'an 1500 de l'ère chrétienne, que les Zerarka - Béni-Oughlis se sont fractionnés en deux et ont pris les dénominations suivantes : Béni-Oughlis "Açammer" et Béni-Oughlis "Imzalen".

La première de ces deux fractions des Béni-Oughlis a occupé le territoire qui avoisine le col de l'Akfadou et l'Ighzer-Amokrane, tandis que la seconde s'est installée le long de l'Oued Sahel, sur le territoire compris entre ce cours d'eau et l'Oued Roumila.

Malgré leur séparation, les deux fractions restèrent journellement en contact et vécurent en bonne intelligence. La tribu prospère et c'est pendant cette période de paix que les habitants ont créé ces belles olivettes que l'on voit dans le territoire et qu'ils ont commencé leur installation paermanente par villages comme elle existe aujourd'hui (1869).

Le bien être dont jouit cette population qui s'accrut tous les jours et la tranquillité qui régna au milieu d'elle pendant une période assez longue, augmente son développement qui nécessite alors une nouvelle division.

Les Açammer se subdivisèrent en trois sous fractions : Immessouhal, Ihaddaden et Aït-Soula.
Les Imzalen, à l'exemple de leurs frères, formèrent : El-Fellaye, Tiouririne et Tinebdar.

La tribu, ainsi composée et présentant une force imposante, devint inquiétante pour les tribus limitrophes. C'était l'époque où les Espagnols avaient conquis la ville de Bougie et le Pinon d'Alger. Cette guerre sur le littoral eut son retentissement dans l'intérieur et la tranquillité y fut troublée.

Les Béni-Oughlis, qui avaient suscité la jalousie de leurs voisins, eurent à soutenir plusieurs attaques, notamment les Zouaoua qui étaient organisés en Sofs, pour dominer ou se défendre. Cette situation anarchique dura près de deux siècles. Elle fut très nuisible aux intérêts des Béni-Oughlis.

Enfin, vers 1730 de l'ère chrétienne, les deux fractions mères des Béni-Oughlis, n'écoutant que leur intérêt et leur sécurité, se détachèrent l'une de l'autre. Les Açammer pour se rattacher au grand Sof El Foukani (d'en haut) des Zouaouas qui ne cessaient de les inquiéter, tandis que les Imzalen sollicitèrent leur admission dans le Sof El Tatani (d'en bas) qui avait son siège dans la confédération des Ouled Abd El Djebar, les dominateurs de la vallée de l'Oued Sahel et avec lesquels ils étaient constamment en lutte.

Malgré cette division d'opinion, les Açammer et les Imzalen n'en restèrent pas moins en parfaite relation et tout ce qui touchait aux intérêts généraux des Béni-Oughlis resta commun entre eux.


Lisez également l'article de M. BOUZIT A. :
"Les 'At-Weghlis', Histoire et Légendes"

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